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Equilibre thermique

6cm \includegraphics[width=5cm]{micro_sssyst_isole.eps}

Soit $ s$ un système isolé de l'extérieur par une paroi isolante et soit $ s_1$ et $ s_2$ deux sous-systèmes de $ s$ - voir figure ci-contre -. Les deux sous-systèmes étant initialement à l'équilibre, nous rendons la paroi les séparant diatherme: nous cherchons ainsi à déterminer quand l'équilibre thermique entre $ s_1$ et $ s_2$ est de nouveau atteint. Les échanges thermiques entre les deux sous-systèmes implique d'une part la présence d'un faible terme de couplage dans l'hamiltonien du système total isolé: $ H = H_1 + H_2 + W_{1,2}$, d'autre part le fait que $ E_1$ et $ E_2$ sont des variables internes alors que $ E = E_1 + E_2$ est un paramètre extérieur, connu à $ dE$ près. On rappelle à ce propos l'inégalité suivante:

$\displaystyle \frac{E}{f_1 + f_2} \ll dE \ll E$

Deux calculs sont succeptibles de nous intéresser:


*
Le nombre de microétats de $ s$ pour lesquels $ s_1$ occupe le microétat $ \phi_{\ell _1}$ d'énergie $ E_{\ell _1}$:

On a $ E \ll E_{\ell _1} + E_{\ell _2} \ll E + dE$ donc $ E - E_{\ell _1} \ll E_{\ell _2} \ll E - E_{\ell _1} + dE$. Le nombre de microétats recherché est donc: $ \displaystyle \Omega_{\ell _1} = 1\times \rho_2 (E - E_{\ell _1})dE$.


*
Le nombre de microétats de $ s$ pour lesquels l'énergie de $ s_1$ est comprise entre $ E_1$ et $ E_1 + dE_1$:

C'est simplement $ \displaystyle \rho_1 (E_1)dE_1 \times \rho_2 (E - E_1)dE$. On en déduit dès lors la probabilité pour laquelle l'énergie de $ s_1$ appartienne à l'intervalle $ [E_1,E_1+dE_1]$ en appliquant le principe fondamental à $ s=s_1 \cup s_2$ isolé:

$\displaystyle P(E_1)dE_1 = \frac{\rho_1 (E_1)dE_1 \times \rho_2 (E - E_1)dE}{\Omega_s (E_1 + E_2)}$

soit:

$\displaystyle P(E_1) = \frac{\rho_1 (E_1) \times \rho_2 (E - E_1)dE}{\Omega}$ (3.8)

où nous notons par commodité $ \Omega = \Omega_s (E_1 + E_2)$. Recherchons à présent la valeur $ \widetilde{E_1}$ de $ E_1$ rendant cette probabilité maximale, valeur atteinte à l'équilibre thermique. Au lieu d'étudier $ P(E_1)$ directement, nous considérons son logarithme:

$\displaystyle \ln P(E_1) = \ln\rho_1 (E_1) + \ln\rho_2 (E - E_1) + \ln\left(\frac{dE}{\Omega}\right)$

D'où:
$\displaystyle \left. \frac{d \ln P(E_1)}{dE_1}
\right.$ $\displaystyle =$ $\displaystyle \frac{d\ln\rho_1 (E_1)}{dE_1} + \frac{dE_2}{dE_1}\times\frac{d\ln\rho_2 (E_2)}{dE_2}$  
  $\displaystyle =$ $\displaystyle \frac{d\ln\rho_1 (E_1)}{dE_1} - \frac{d\ln\rho_2 (E_2)}{dE_2} ~~~$car $ E_2 = E - E_1$  

Introduisons les fonctions $ \beta_1$ et $ \beta_2$ par $ \displaystyle \beta_1(E_1) = \frac{d\ln\rho_1 (E_1)}{dE_1}$ et
[4] $ \displaystyle \beta_2(E_2) = \frac{d\ln\rho_2 (E_2)}{dE_2}$. Ainsi, $ \widetilde{E_1}$ est atteinte lorsque $ \displaystyle \frac{d \ln P(E_1)}{dE_1} = 0$, i.e.:

$\displaystyle \fbox{$\displaystyle \beta_1(\widetilde{E_1}) = \beta_2(E - \widetilde{E_1})$}$ (3.9)

Remarque: On a vu au chapitre précédent que $ \rho_1(E_1) \sim {E_1}^{f_1}$. Donc $ \ln\rho_1(E_1) \sim f_1 \ln E_1$ et finalement:

$\displaystyle \beta_1 (E_1) \approx \frac{f_1}{E_1}$

Par suite, (3.9) s'écrit: $ \displaystyle \frac{f_1}{\widetilde{E_1}} = \frac{f_2}{\widetilde{E_2}}$, c'est-à-dire qu'à l'équilibre thermique, les deux sous-systèmes $ s_1$ et $ s_2$ ont la même énergie par degré de liberté. Nous pouvons rajouter la condition de conservation de l'énergie: $ \displaystyle \frac{\widetilde{E_1}}{f_1} = \frac{\widetilde{E_2}}{f_2} = \frac{E}{f_1 + f_2}$, si bien que:

$\displaystyle \fbox{$\displaystyle \widetilde{E_1} = \frac{f_1 E}{f_1 + f_2}$}$ (3.10)

Définition: On définit la température microcanonique $ T^*$ d'un système isolé à l'équilibre par:

$\displaystyle \fbox{$\displaystyle \frac{1}{T^*} = \frac{\partial S^*}{\partial E}$}$ (3.11)


Or $ S^* (E,x) = k_B \ln \Omega(E,x) = k_B \ln[\rho(E,x)dE]$. Donc:
$\displaystyle \left. \frac{1}{T^*}
\right.$ $\displaystyle =$ $\displaystyle k_B \times \frac{1}{\rho(E,x)dE} \times \frac{\partial \rho(E,x)dE}{\partial E}$  
  $\displaystyle =$ $\displaystyle k_B \frac{\partial\ln\rho(E,x)}{\partial E}$  
  $\displaystyle =$ $\displaystyle k_B \beta(E)$  

Or, par définition de la situation microcanonique, $ T^*$ est égale à la température du thermostat; $ \beta$ est donc constante:

$\displaystyle \fbox{$\displaystyle \beta = \frac{1}{k_B T}$}$ (3.12)

Nous pouvons donc reformuler (3.9) en écrivant que $ \widetilde{E_1}$ est atteinte lorsque:

$\displaystyle \fbox{$\displaystyle {T_1}^* (\widetilde{E_1}) = {T_2}^* (E - \widetilde{E_1})$}$ (3.13)

Il s'agit de la condition d'équilibre thermique entre les deux sous-systèmes de $ s$.

Nous allons maintenant établir la loi d'évolution de $ P(E_1)$ en fonction de $ E_1$. Pour cela, on développe la quantité $ \ln P(E_1)$ au voisinage de $ \widetilde{E_1}$:

$\displaystyle \ln P(E_1) \approx \ln P(\widetilde{E_1}) + \frac{1}{2}\big(E_1 -...
...2 \left(\frac{\partial^2 \ln P(E_1)}{\partial {E_1}^2}\right)_{\widetilde{E_1}}$ (3.14)

Remarque: justifions que $ \widetilde{E_1}$ correspond à un maximum - et non à un minimum - de $ P(E_1)$. Pour ce faire, déterminons le signe de la dérivée seconde dans le développement ci-dessus:

$\displaystyle \left. \frac{\partial^2 \ln P(E_1)}{\partial {E_1}^2}
\right.$ $\displaystyle =$ $\displaystyle \frac{d\beta_1(E_1)}{d E_1} - \frac{dE_2}{dE_1}\times\frac{d\beta_2(E_2)}{d E_2}$  
  $\displaystyle \sim$ $\displaystyle \frac{d}{d E_1}\left(\frac{f_1}{E_1}\right) + \frac{d}{d E_2}\left(\frac{f_2}{E_2}\right)$  
  $\displaystyle \sim$ $\displaystyle -\frac{f_1}{{E_1}^2} - \frac{f_2}{(E - E_1)^2}$  

Finalement, $ \displaystyle \frac{\partial^2 \ln P(E_1)}{\partial {E_1}^2} \leq 0$, ce qui prouve que $ P(E_1)$ atteint son maximum en $ \widetilde{E_1}$. Poursuivons encore le calcul précédent:

$\displaystyle \left. \left(\frac{\partial^2 \ln P(E_1)}{\partial {E_1}^2}\right)_{\widetilde{E_1}}
\right.$ $\displaystyle \sim$ $\displaystyle -\frac{f_1}{{\widetilde{E_1}}^2} - \frac{f_2}{(E - \widetilde{E_1})^2}$  
  $\displaystyle \sim$ $\displaystyle -\frac{(f_1 + f_2)^2}{f_1 E^2} - \frac{(f_1 + f_2)^2}{f_2 E^2} ~~~$car $ \displaystyle \widetilde{E_{1,2}} = \frac{f_{1,2}}{f_1 + f_2}E$  
  $\displaystyle \sim$ $\displaystyle -\frac{f}{E^2} ~~~$en posant $ \displaystyle f = \frac{(f_1 + f_2)^3}{f_1 f_2}$  

En réinjectant la dernière égalité dans (3.14), nous obtenons finalement:

$\displaystyle \fbox{$\displaystyle P(E_1) \approx P(\widetilde{E_1}) e^{-\frac{(E_1 - \widetilde{E_1})^2}{2{\sigma_1}^2}}$}$ (3.15)

où nous avons posé $ \displaystyle {\sigma_1}^2 = \frac{E^2}{f}$.

La distribution de probabilité $ P(E_1)$ est donc approximativement une gaussienne centrée sur $ \widetilde{E_1}$ et d'écart quadratique moyen $ \displaystyle \Delta E_1 = \frac{E}{\sqrt{f}}$. Déterminons à présent l'amplitude relative des fluctuations de $ E_1$ autour de sa valeur la plus probable $ \widetilde{E_1}$:

$\displaystyle \left. \frac{\Delta E_1}{\widetilde{E_1}}
\right.$ $\displaystyle =$ $\displaystyle \frac{1}{\sqrt{f}}\times\frac{E}{\widetilde{E_1}}$  
  $\displaystyle =$ $\displaystyle \frac{1}{\sqrt{f}}\times\left(1 + \frac{f_2}{f_1}\right)~~~$d'après (3.10)  
  $\displaystyle =$ $\displaystyle \sqrt{\frac{f_1 f_2}{(f_1 + f_2)^3}\times\frac{(f_1 + f_2)^2}{{f_1}^2}}$  

soit enfin:

$\displaystyle \frac{\Delta E_1}{\widetilde{E_1}} = \frac{1}{\sqrt{f_1}}\times\sqrt{\frac{f_2}{f_1 + f_2}}$ (3.16)

Ainsi, même dans le cas limite où $ f_2 \gg f_1$ - cas de la situation canonique - nous avons encore $ \displaystyle \frac{\Delta E_1}{\widetilde{E_1}} \propto \frac{1}{\sqrt{f_1}}$, avec $ f_1$ de l'ordre de $ N_A$.

Conséquence: l'amplitude relative des fluctuations de $ E_1$ autour de $ \widetilde{E_1}$ est tellement faible devant 1 que nous pouvons assimiler la distribution de probabilité $ P(E_1)$ à un pic de Dirac centré sur $ \widetilde{E_1}$, aussi valeur moyenne de $ E_1$. En d'autres termes, notre gaussienne est si étroite que $ \widetilde{E_1}$ est la seule valeur possible pour $ E_1$, de même $ \widetilde{E_2}$ pour $ E_2$. Ce sont du moins les valeurs obtenues lorsque l'équilibre thermique entre les deux sous-systèmes est de nouveau atteint. D'un point de vue plus physique, les deux sous-systèmes ont ainsi échangé de l'énergie jusqu'à équilibrer leur température: le sous-système ayant initialement la température la plus élevée a perdu de l'énergie au profit de l'autre sous-système qui a donc vu sa température augmenter.


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Clément Baruteau 2003-04-30